La Banque nationale suisse (BNS) à Berne prépare fébrilement son examen trimestriel de politique monétaire prévu jeudi. Ce rendez-vous marquera l'ultime décision du président de la direction générale Thomas Jordan, après douze années d'un règne sans précédent à la tête de l'institut d'émission helvétique. Les marchés financiers et les banques de Zurich anticipent très largement un nouvel abaissement de 25 points de base du taux directeur, le ramenant à 1,00 %.

Cette perspective d'assouplissement monétaire s'explique par la vigueur ininterrompue du franc suisse face à l'euro et au dollar américain. Si la force de la monnaie nationale a constitué un rempart efficace contre la flambée inflationniste qui a frappé l'Europe ces deux dernières années, son niveau actuel pénalise lourdement les fleurons de l'industrie exportatrice, des machines-outils à l'horlogerie de luxe en passant par la pharma.

Freiner l'appréciation du franc et conjurer le risque de déflation

L'inflation s'est établie à 1,1 % sur un an au mois d'août, évoluant sans discontinuer depuis quinze mois dans la zone de stabilité des prix définie par la BNS entre 0 et 2 %. Face à une inflation sous-jacente contenue à 1,0 %, les économistes de la banque centrale redoutent que la fermeté du franc n'engendre des pressions déflationnistes importées susceptibles de freiner l'activité économique.

Après avoir été la première grande banque centrale occidentale à amorcer la baisse de ses taux en mars 2024, la BNS devrait persévérer dans cette voie. De nombreux observateurs prévoient également que l'institution réaffirmera sa disposition à intervenir sur le marché des devises par des ventes de francs pour contenir les flux spéculatifs.

“La stabilité des prix demeure notre ancrage fondamental. Veiller à ce que le franc suisse reste calibré de manière à protéger notre économie d'exportation de la déflation importée a guidé chacune de mes décisions tout au long de mon mandat.”

Le bilan d'un mandat historique et une transition maîtrisée

Le départ de Thomas Jordan le 30 septembre referme un chapitre d'une intensité exceptionnelle. Arrivé aux commandes en 2012 après la démission de Philipp Hildebrand, Jordan a géré la fin fracassante du taux plancher de 1,20 franc pour un euro en janvier 2015, l'expérimentation inédite des taux d'intérêt négatifs à -0,75 % et le sauvetage d'urgence de Credit Suisse racheté par UBS en mars 2023.

La succession s'annonce d'ores et déjà placée sous le sceau de la stabilité. L'actuel vice-président Martin Schlegel, pur produit de la maison et fidèle lieutenant de Jordan, prendra officiellement les rênes de la BNS le 1er octobre. Il aura pour mission de perpétuer le pragmatisme suisse face aux incertitudes géopolitiques mondiales.

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